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Le Poémier
Un poème de Charles Singer
Je suis semblable
aux cendres, Seigneur,
à ces poussières
grises et mortes,
lorsque j'ouvre à la jalousie
qui refroidit mon amitié,
lorsque j'autorise la bouderie
à écarter le sourire de mes lèvres.
lorsque j'admets
que la méchanceté
en moi dépose
ses baves de saleté,
lorsque je permets à l'égoïsme
de gonfler en moi
et de remplir toute la place
en mon cœur
jusqu'à m'empêcher
de penser aux autres,
lorsque je t'oublie, Seigneur,
et que je laisse s'éteindre
ma confiance en toi!
Je ne suis pas uniquement
cendres, Seigneur !
Sous mes cendres,
tu le sais, toi qui me connais,
dorment des braises
attendant d'être ranimées.
Seigneur, allume mes braises
pour qu'à nouveau brûle,
vive et joyeuse,
la flamme de mon amour
pour toi
et pour mon prochain !
O doux enfant de Bethléem
Accorde-nous de communier
De toute notre âme
Au profond mystère de Noël.
Mets dans le cœur des hommes cette paix
Qu’ils recherchent parfois si âprement,
Et que Toi seul peut leur donner.
Aides-les à se connaître mieux,
Et à vivre fraternellement
Comme les fils d’un même Père.
Découvre-leur ta beauté
Ta sainteté, ta pureté.
Eveille dans leurs cœurs
L’amour et la reconnaissance
Pour ton infinie bonté.
Unis-les tous dans ta charité
Et donne-nous ta céleste paix.
Jean Vingt Trois
Hommage à l’être humain
Ne vis pas sur cette Terre
A la façon d’un locataire
Ou bien comme en villégiature
Dans la nature.
Vis dans ce monde
Comme si c’était la maison de ton père.
Crois aux grains
A la terre, à la mer,
Mais avant tout
A l’être humain.
Aime le nuage, la machine, le livre.
Mais avant tout aime
L’être humain.
Sens la tristesse
De la branche qui se dessèche
De la planète qui s’éteint
De l’animal infirme.
Mais avant tout la tristesse
De l’être humain.
Que tous les biens terrestres
Te prodiguent la joie,
Que l’ombre et la clarté
Te prodiguent la joie,
Que les quatre saisons
Te prodiguent la joie,
Mais avant tout que l’être humain
Te prodigue la joie.
Nazim HIKMET (poète turc, 1902-1963)
PRIERE D’UN PELERIN
Dieu,
Invisible pèlerin de l’aventure humaine
Et secrète présence à l’histoire de chacun,
Compagnon fidèle des sentiers
Où nous cheminons, souvent obscurément.
Mets en nous le souffle nécessaire
Pour prendre ou reprendre la route,
Oser croire qu’il est toujours une issue,
Surmonter la crainte de nous perdre,
Tenter contre toute espérance la traversée de la nuit !
Et rappelle-nous sans cesse l’essentielle vérité :
Le royaume intérieur, le trésor caché
Se découvrent seulement en marchant !
Partis vers l’inconnu, répondant à un appel intime,
Ils nous précèdent les pèlerins de tous les temps,
Emplis de la Foi qui bouscule les montagnes,
Patients et passionnés.
Nous qui sommes en route aujourd’hui,
Obéissons, comme eux, à la Parole
Qui nous tire en avant,
Simples mots dont la vérité s’éclaire
Dans l’aventure du chemin :
Plus loin, plus avant, plus profond…
Jacques MUSSET
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